Le changement personnel fascine, inquiète et interroge : peut-on vraiment changer ? Nos transformations sont-elles profondes ou ne sont-elles que des ajustements superficiels dictés par nos contextes et nos relations ? Les récentes recherches académiques en psychologie, en systémique et en sciences humaines permettent d’éclairer ce débat aux multiples facettes.
Mes dernières mésaventures me font pencher vers la possibilité de changer, mais la question continue à m’intriguer.
Entre continuité et transformation : l’équilibre délicat de l’identité
Changer et rester soi, un paradoxe ? La recherche philosophique et psychologique s’accorde sur un fait fondamental : pour qu’il y ait prise de conscience du changement, il doit aussi subsister une certaine continuité du moi. La personnalité, loin d’être un bloc figé, s’apparente plutôt à une construction dynamique[1].[2].
- La psychologie moderne considère que toute évolution présuppose un « point fixe » depuis lequel on observe la transformation : l’identité personnelle, ancrée dans la mémoire et la conscience de soi, sert de fil rouge au travers des différentes mutations vécues[1].
- Gene Gendlin, dans ses recherches sur le changement de la personnalité, montre que même les modifications psychologiques majeures gardent un ancrage dans l’histoire singulière de l’individu et dans ses structures profondes[7].
- Selon la psychosociologie, la résistance au changement n’est donc pas un défaut mais un mécanisme de préservation de l’intégrité du soi, qui rend possible une transformation vécue comme cohérente et non comme une perte totale de repères[1][2].
En d’autres termes : ce que nous appelons le changement, même s’il peut modifier nos choix, nos attitudes et nos interactions, révèle surtout la capacité humaine à façonner son identité dans le long terme sans jamais perdre complètement son axe central[2]. Cette tension féconde entre continuité et transformation fait de l’humain un être à la fois stable et évolutif.
Rupture : la crise traumatique, catalyseur du changement profond
La psychologie appelle « croissance post-traumatique » le processus par lequel certains individus, confrontés à une situation de rupture ou à un événement exceptionnel (trauma majeur, crise existentielle), voient leur vision du monde, leurs valeurs et leurs comportements profondément remaniés[7].
- Gendlin et d’autres chercheurs insistent : une modification profonde de la personnalité implique une expérience affective ou existentielle intense, couplée à la nécessité de lui donner du sens puis de l’intégrer dans l’histoire biographique de la personne[7].
- Cependant, la littérature scientifique alerte : tous les traumatismes ou chocs n’entraînent pas de transformation positive. L’issue dépend de la capacité d’élaboration (« focusing »), du contexte relationnel, et du soutien disponible autour de l’individu. Un événement bouleversant peut tout aussi bien provoquer blocage, souffrance répétitive ou enfermement dans le passé, s’il n’est pas intégré de manière constructive[7].
Certaines études en psychothérapie indiquent aussi que le passage à un niveau de développement supérieur (au sens de la spirale dynamique ou du modèle de l’évolution de la conscience) demande, au-delà du trauma ou du choc, une activation prolongée de processus internes d’adaptation, souvent facilités par la relation d’aide, la collaboration ou les échanges significatifs avec autrui [11][7].
Évolution lente : l’ajustement progressif comme voie de transformation
Au-delà de la crise, la majorité des recherches contemporaines en psychologie, tant clinique que sociale, soulignent le rôle central de l’évolution par petits pas :
• Un changement durable résulte fréquemment de l’accumulation de micro-ajustements, d’habituation, d’apprentissage incrémental et de réflexivité.
• Ce modèle repose sur la capacité à expérimenter, à prendre du recul, à recevoir des feedbacks, et à intégrer progressivement de nouvelles façons d’être au monde.
• Plusieurs études en psychologie du développement adulte montrent que de nombreux changements de paradigme (niveaux de conscience, valeurs, modes relationnels) interviennent à la suite d’un processus de maturation itérative — et non de rupture violente.
La vision systémique : la transformation au cœur des interactions
Pour l’école systémique, tout changement individuel s’inscrit dans un réseau de relations et de dynamiques contextuelles. Les interventions efficaces, tant en psychothérapie qu’en accompagnement organisationnel, reposent sur une transformation progressive des schémas relationnels existants. La recherche académique sur le changement planifié, inspirée de Lewin et des modèles psychosociologiques contemporains, confirme ce rôle clé de l’ajustement progressif et de la co-construction du changement au sein des systèmes humains.
Changer — oui, mais comment ?
Les personnes changent réellement, mais rarement de façon absolue ou d’un seul coup.
- Des situations exceptionnelles peuvent servir de « déclencheur » si elles sont suivies d’une intégration et d’un travail intérieur profond.
- L’évolution par petits pas, appuyée sur la maturation, l’ajustement des comportements et la prise de conscience progressive, demeure la voie la plus fréquente et la plus documentée par la recherche contemporaine.
En définitive, évoluer — c’est composer en permanence avec la dialectique entre continuité et transformation, entre stabilité et nouveauté, et ce processus s’appuie bien plus souvent sur le long terme que sur le choc immédiat.
Sources
Recherche académique
- Gendlin, E., « Une théorie du changement de la personnalité » [7]
- Gidley, J.M., « L’évolution de la conscience et le changement de paradigme »[11]
- Rhéaume, J., « CHANGEMENT » (Université de Genève)[3]
- Café Philosophia, « Changer, rester le même »[1]
- Nos Pensées, « Est-il possible de changer et de rester le même ? »[2]
Sources :
- [1] refaire », changer sa vie, renaître, (re)commencer une « nouvelle vie » https://www.cafephilosophia.fr/sujets/se-refaire-changer-sa-vie-renaitre-re-commencer-une-nouvelle-vie/
- [2] Est-il possible de changer et de rester le même ? – Nos Pensées https://nospensees.fr/est-il-possible-de-changer-et-de-rester-le-meme/
- [3] [PDF] CHANGEMENT Jacques Rhéaume https://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/cifali/cours/Vocabulaire_psychosociologie/changement_rheaume.pdf
- [4] Développement personnel : transformation ou illusion ? https://arditicoaching.fr/developpement-personnel-vraie-transformation-ou-illusion-marketing/
- [5] Psychologie du changement: Approche & Causes – StudySmarter https://www.studysmarter.fr/resumes/economie-et-gestion/ressources-humaines/psychologie-du-changement/
- [6] Les Défis du Changement et de la Croissance https://www.integrativetherapy.com/fr/articles.php?id=90
- [7] Une théorie du changement de la personnalité https://focusing.org/une-theorie
- [8] [PDF] Changement personnel. Histoire, mythes et réalités – Electre NG https://media.electre-ng.com/extraits/extrait-id/19fa66ba5346d0012fb8f5b1a16819c4e9d6453c5faaa37fcdc234c45b0dce1a.pdf
- [9] Changer pourquoi, changer comment? – Sciences Humaines https://www.scienceshumaines.com/changer-pourquoi-changer-comment_fr_1905.html
- [10] [PDF] Quelques réflexions sur le thème de la transformation La philosophie https://www.sigop-sidops.ch/images/evenements/congres_2009/theme_transformation.pdf
- [11] L’évolution de la conscience et le changement de paradigme https://wfsf.org/wp-content/uploads/2020/04/GIDLEY-2013-French-Levolution-de-la-conscience-.pdf